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publié le 08/07/2013

Le retour est aussi une déchirure

Violaine, notre jobtrotteuse installée à Londres, fait dans une semaine ses adieux à Londres. L'occasion de dresser le bilan de son stage et de comptabiliser la somme des choses apprises au cours des 13 derniers mois.

Le retour est aussi une déchirureDans 7 jours, je serai en France. Ce sera la fin de ma première expérience d'expatriée. S'expatrier, le Larousse donne deux définitions pour ce verbe. La première est quitter volontairement sa patrie, partir en exil, et la deuxième : quitter à regret un lieu dans lequel on aimait vivre. Selon cette définition, mon année à Londres constituait une expatriation, au même titre que mon retour en France imminent, puisque je quitte à regret un lieu dans lequel j'aime vivre.

Il me reste maintenant une semaine : une semaine pour finir mon stage, une semaine pour profiter des températures incroyables, une semaine pour acheter mes derniers souvenirs et cadeaux, une semaine pour tout ranger, pour trier 13 mois de ma vie, pour vider ma chambre, faire mes valises, et reprendre le train dans le sens inverse. Ce n'est pas seulement Londres que je vais laisser derrière moi, c'est aussi le théâtre d'une transformation de ma vie, de mon avenir, et de grandes évolutions de mon caractère et de ma personnalité.

"Connais-toi toi-même"
Même si mon deuxième stage n'est pas encore tout à fait terminé, j'ai déjà suffisamment de recul pour pouvoir faire le point sur les changements que Londres a provoqué en moi. J'ai passé ces 13 derniers mois à travailler, en deux temps : un premier stage de 11 mois, immédiatement suivi d'un autre, de deux mois. Professionnellement, j'ai donc beaucoup appris. Non seulement en termes de compétences, dans le sens où je sais aujourd'hui faire des choses que j'ignorais auparavant, ou que je sais maintenant quelle type de réponse apporter à une situation donnée, mais aussi en termes de caractère.

Je sais désormais de manière plus claire quelles sont mes forces et quelles sont mes faiblesses : je travaille beaucoup mieux sous pression qu'avant, je sais que je suis capable de faire face à une masse de travail importante en m'organisant de façon adéquate. Je connais bien maintenant ma capacité à travailler en équipe et ma capacité d'adaptation à une hiérarchie donnée. J'ai aussi découvert que la vie professionnelle pouvait être pour moi source de beaucoup de satisfaction. Dans la vie scolaire, ma réussite ne dépend que de moi, et mes erreurs n'influencent que moi. Dans la vie professionnelle, j'interagis avec d'autres personnes, dont les objectifs sont parfois opposés aux miens : je trouve donc que les réussites professionnelles sont plus gratifiantes encore, car elles demandent aussi de savoir maîtriser des talents humains, que l'on acquiert au fur et à mesure de son parcours.

Maintenant, j'entrevois donc quel type de poste, quels types de challenges, me correspondent particulièrement. C'est donc une des premières choses que cette année à l'étranger m'aura apporté : je me connais beaucoup mieux moi-même.

Prendre du recul sur sa vie
Cela vaut aussi pour tout ce qui ne touche pas au professionnel : j'ai passé une année, la première, loin de ma famille et de mes amis -malgré des allers retours en France tous les deux mois environ. Mes proches n'ont jamais cessé d'être là pour moi, mais j'ai bel et bien dû gérer tous les problèmes ou toutes les situations compliquées au quotidien seule. Un chauffe-eau en panne, un problème avec la banque... Mais aussi des petites fatigues émotionnelles, des crises de confiance en moi, durant lesquelles le maximum que mes proches pouvaient faire était de me parler au téléphone : au final, c'est moi et seulement moi qui devais me lever le matin, aller travailler, et garder tout cela sous contrôle.

Ces dernières semaines ont été l'occasion de beaucoup réfléchir et observer. Je constate donc que j'ai beaucoup évolué du point de vue de l'indépendance. Par ailleurs, je suis plus confiante, pas seulement en moi-même, mais aussi envers les autres, et envers la vie tout simplement. J'ai appris que je ne peux pas tout contrôler, mais que ce qui n'est pas résolu dans la minute le sera sûrement en temps voulu. Je me sens plus mûre, plus mature. J'ai l'impression que ce ne sont pas 13 mois qui sont passés, mais deux ans. Je pense parfois à des réactions que j'avais face à certaines situations avant de partir pour Londres, et rétrospectivement je me trouve ridicule, immature. Ce que je sais, c'est que j'ai en moi les ressources nécessaires pour répondre à n'importe quelle situation. Il m'arrive toujours - souvent - de paniquer, mais je sais que je possède ce qu'il faut pour mobiliser la masse de travail ou l'effort nécessaire pour régler les problèmes. C'est une force supplémentaire, quelque chose sur lequel je peux m'appuyer

Aussi, je dois avouer que je suis fière de constater que j'ai tenu 13 mois, 13 mois à travailler tous les jours, avec seulement 10 jours de vacances, à Noël. Même quand le découragement me prenait, je trouvais, je ne sais où, la force de continuer. Certes, je n'avais pas vraiment le choix, mais je suis contente de voir que je respecte mes engagements, que je tiens le coup quand nécessaire, et que je peux compter sur moi-même. Si j'en suis convaincue, il ne sera que plus facile d'en convaincre les autres. Je sais ce que je vaux en tant que personne, et je sais ce que je sais faire en tant que professionnelle.

Un CV plus riche
On ne part pas seulement pour l'aspect professionnel : bien sûr, mon CV est désormais plus riche de deux nouvelles expériences professionnelles, au cours desquelles j'ai fait des apprentissages très concrets, que je pourrai mettre en avant lors d'un entretien et utiliser dans le futur. Mais ces deux expériences effectuées à Paris, par exemple, ne m'auraient pas apporté autant, je crois. Car on part aussi à la recherche de ce que l'on est, ou de ce que l'on sera en tant qu'adulte. On trouve, en partant, un miroir de ce qu'est notre pays, de ce que les autres attachent à notre nationalité. On découvre un autre, et ce faisant, on se révèle à nous-mêmes. Si on le peut, il faut partir. Il faut quitter la France, un temps, pour mieux y revenir, ou pour ne pas y revenir si l'on trouve son chez-soi ailleurs. Quelle chance j'ai eu d'avoir cette opportunité, d'avoir pu le faire !

Dans deux mois, je rentrerai en 4ème année à l'IEP de Rennes. Je suis contente de retrouver la vie étudiante parce qu'il me faut encore apprendre afin d'atteindre mes objectifs professionnels : je sais exactement pourquoi je vais retourner en cours pendant deux ans. Je ne suis pas sûre que cela sera toujours simple, car je me suis sûrement déshabituée à cette vie. Mais mes stages m'ont aidé à déterminer précisément mon objectif professionnel, à la fois à court terme (associations étudiantes, Master 1), mais aussi à long terme : quel métier sera le mien dans deux-trois ans. Je sais que d'autres expériences se profilent devant moi, et que mes envies et certitudes évolueront certainement d'ici à mon entrée sur le marché de l'emploi. Mais pour l'instant, j'ai une ligne directrice qui va me permettre d'avancer pour les deux prochaines années. C'est bel et bien ici que j'ai trouvé ces certitudes, ou que je les ai concrétisées.

Pour conclure, je dirais que chacune des choses que j'ai vécues à Londres, chaque pas que j'ai fait, chaque parole que j'ai prononcée : rien, je ne regrette rien. Chacune de mes petites erreurs m'a amenée où je suis maintenant, chacun de mes petits bonheurs sera autant de souvenirs incroyables que jamais les récits où les photos ne pourront retranscrire exactement. Je vais laisser une partie de mon coeur ici, dans cette ville qui m'a accueillie, qui m'a fait rêver, qui m'a soutenue, qui m'a découverte à moi-même : forte, battante, heureuse.
London, darling, I'll see you in two years.

En complément

Violaine, jobtrotteuse à Londres
 

Née en 1992 et originaire de la Sarthe, j'ai intégré Sciences Po Rennes en 2010 après un Bac ES. Après deux années, beaucoup de découvertes, et une idée finalement assez vague de ce que j'envisageais pour mon futur, je pars à Londres pour 11 mois. Cette troisième année à l'étranger fait partie intégrante de mon cursus, mais je choisis de faire un stage de longue durée plutôt que d'aller dans une université. J'ai fait ce choix afin d'acquérir une expérience professionnelle solide, une première pour moi qui n'avait auparavant travaillé que l'été, mais aussi pour améliorer mon CV. Je travaille donc depuis juin 2012 dans le centre de Londres et découvre la vie de stagiaire et la vie des Londoniens.

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