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publié le 12/08/2013

10 mois à San Francisco : retour d'expérience

Suite et fin des aventures de Clémence, notre jobtrotteuse installée à San Francisco. Cette jeune étudiante de Sciences Po Rennes revient sur son expérience en Californie. Comme elle l'explique, "voyager, c'est changer, conquérir un autre monde et se créer un nouveau soi-même"...

10 mois à San Francisco : retour d'expérience
290 jours plus tard et au milieu d'un airbus bondé, je m'apprête à quitter la baie. Date de retour : inconnue. Car tout le monde revient à San Francisco, en dépit des galères de visa, en dépit des milliers de kilomètres, en dépit des milliers de dollars, aussi. Au moment du décollage, une seule question m'obsède : suis-je bien dans le réel ? Ou ai-je fantasmé cette autre vie ?
Voyager, c'est changer, conquérir un autre monde et se créer un nouveau "soi-même", c'est sentir une nouvelle énergie s'immiscer au plus profond de son corps. Lorsque le voyage se transforme en tranche d'existence, on en oublie presque qu'ailleurs - quelque part - une autre vie nous attend, et l'on se retrouve brutalement, un matin, devant son bol de céréale, au fin fond de la Bretagne, à se demander si le réveil va bientôt sonner.

C'est la vie que j'ai rencontrée
Conclusion d'une année aussi haute en couleur que le drapeau gay qui décorait les rues de mon quartier. Faire ses valises pour un an, en sachant qu'on laisse derrière soi à peu près "tout ce que l'on a construit en une vie", je vais être honnête, fait peur. On essaie de se dire que c'est pour le meilleur mais lorsque l'on déboule dans une nouvelle vi(ll)e où tout reste à faire, le bercail, sa douceur de vivre et ses facilités, viennent à manquer.

On se frotte à l'inconnu, on se prend des portes fermées, des gamelles, on se relève et finalement on ne peut plus se passer de ce perpétuel étonnement. J'ai maudit les américains comme je les ai adorés. J'ai aimé avoir une poubelle à composte au beau milieu de la ville, devenir presque végétarienne parce que la bonne viande était trop cher, apprendre le yoga à l'aide d'une prof mexicaine au style inimitable, manger des avocats à toutes les sauces, haïr et bénir le muni (le métro san franciscain) et le fog qui se dresse à l'horizon, avoir les cheveux toutes les trois secondes dans les yeux et 2 vestes dans mon sac parce que le vent souffle à toute heure du jour et de la nuit.

J'ai adoré travailler au fin fond du plus grand parc de la ville et croiser des colibris sur le chemin du boulot, vivre un printemps perpétuelle s'étalant sur neuf mois, manger des noix de cajous et des cranberries au gouter, des tacos au diner. Le goût du vin californien, du soleil et de l'attente en terrasse, des oeufs pochées qui suivent peu après, des palmiers au coin de la rue, d'une sieste dans l'herbe au beau milieu d'une horde de hippies-danseurs-de-hoolahoop, le goût d'une vie sans attaches et donc sans craintes. Néanmoins et plus que tout, c'est "la vie" que j'ai rencontrée à San Francisco que je retiens aujourd'hui, celle qui irradiait des gens, celle qui englobait cette ville magique, celle qui transformait et continue de transformer les étrangers qui y posent un pied, voire deux. Cela n'a pas été mon cas, je savais par avance qu'une part de moi seulement s'installerait à SF et c'était bien comme cela, car c'est aussi la perspective de repartir qui donne à toute exil provisoire la saveur de la liberté et confère à ce genre d'expérience des perspectives paradoxalement illimitées.

Road-trip, gangs et couchers de soleil
Bien sûr, je me sens changée : j'ai écumé les galères de logement, me suis faite arnaquée par un propriétaire malhonnête, ai essuyé les plâtres en terme de mauvaises surprises, travaillé des jours et jours sans être jamais rémunérée, me suis faite attaquée par un sans-abris et volée par une junky. Mais c'est aussi moi qui ai parlé avec ces mêmes sans-abris et appris qu'à San Francisco, ils étaient mieux qu'ailleurs, qui ai compris qu'ici les gens sont assez ouverts d'esprit pour cohabiter avec chacun, quel que soit son toit, sa couleur de peau, son sexe, son genre ou son (étrange) accoutrement. C'est encore moi qui me suis déguisée à n'importe quel occasion pour me mêler à cette foule incroyablement colorée, qui ai vécu avec une américaine pur jus de 60 ans et est devenue son amie, qui ai dansé au milieu d'une piste de danse sur du Beyoncé dans le club gay, là, au coin de la rue.

Et c'est finalement moi qui me suis surprise, quelques jours avant mon départ, à pleurer assise dans le bus, devant le plus beau couché de soleil qu'il m'a été donné de voir sur la baie. Je ne parlerai pas de la Californie, des déserts américains, des quelques road trips et autres voyages que je compte mon actif comme je n'aborderai pas le problème des armes et des gangs, de la drogue et des républicains et tous les clichés que j'ai surement déjà mentionné dans mes précédents articles. Les USA sont un paradoxe même, mais ce n'est pas ce que je retiens des dix mois que j'y ai passé.

J'aimerais me souvenir avant tout de l'énergie et de l'optimisme que ces presque 300 jours ont ancrés en moi. Parce que je me suis sentie déracinée, je me sens maintenant heureuse. Pour cela, cette expérience, ce stage, ce départ et aussi ce retour ont été jusque-là les meilleures choses qui pouvaient m'arriver, et pour absolument rien au monde, je ne troquerai les larmes et les éclats de rire qui ont ponctués cette incroyable année américaine, cette année montagnes-russes, aux creux et aux sommets des 42 collines de San Francisco.

En complément

Clémence, jobtrotteuse à San Francisco
 
Etudiante à Sciences Po, j'ai décidé de faire un stage dans une organisation artistique (ou du moins culturelle) dans le cadre de ma troisième année à l'étranger. Au travers de mes mots et parfois de mes images, je vais vous faire partager mon expérience, mes réflexions, mes erreurs et je l'espère mes progrès. 

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